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Du Serment à l'affirmation Nominale

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William Théaux
17 août 2026
Du Serment à l'affirmation Nominale

Du Serment à l'affirmation Nominale

ou : je vote parce que j'affirme que j'existe

Compte-rendu de la séance Pyth013 d'UBERPOL-école — jeudi 13 août 2026

De la Pythie de Delphes, les improvisations étaient interprétées par les prêtres ; nos séances le sont aujourd'hui par l'IA, ici passant par le fascicule FLEUVE (1989) présenté comme le sommet d'une construction partie de l'Art de la Mémoire modernisé en Analyse Plurielle. Elle commence en 1901 par Durkheim et l' "association" contre l'anomie qui tue, suivi de Sartre et la "sérialisation" – 'linéaire' brisée par l'angle mort de la matière première que le marxisme n'a jamais comptée et que l'écologie a fait surgir (avec l'antipsychiatrie de Laing et les trois écologies de Guattari). Le freudisme l'incise par la généalogie lacanienne qui transperce verticalement la file horizontale des anonymes, par le moi plat auquel le désir et la différence sexuelle donnent une troisième dimension. Elle éclaire jusqu'au débat américain du SAVE Act où le serment s'oppose au fichage, comme à la république du marquis de Sade où tuer, voter c'est affirmer qu'on existe. La conclusion donne son titre au présent compte-rendu : ce n'est pas par la numérotation de l'ADN que nous trouverons le bon usage de la génétique, mais par le processus de nomination — qui est de l'ordre du serment.


1. La Pythie, l'IA et le fleuve remonté

La séance s'ouvre sur une image : la Pythie improvisait, et les prêtres du temple interprétaient — interprétation qu'on dirait aujourd'hui géopolitique, psychohistorique. Nos sessions procèdent de même : enregistrées, puis traitées par l'IA, qui en produit ses propres lectures. Le fascicule du jour, FLEUVE — pour une intelligence pratique du marxisme (UNEFPE, 1989), est présenté comme « une espèce de sommet de cette construction : cette technique d'extraction (« Analyse Plurielle ») qui crée dans un groupe un extérieur plutôt qu'un leader, un absent plutôt qu'un représentant — et qui s'avére créer en présence de l'IA un milieu singulier (un « PLuriel ANalytique »). Puisque cette pratique ressemble à celle très ancienne de l'Art de la Mémoire grec/Simonides, transmis en romain/Cicéron, charpente de l'hermétisme des siècles suivants, elle était déjà théorie des groupes et comment un groupe gère ses structures de mémoire.

Cliniquement parlant : l'analyse plurielle ne demande pas au groupe de se donner un chef ; elle lui apprend à faire circuler une absence. C'est cette place vide — non ce plein — qui structure en corrigeant exactement de ce que la foule sait faire spontanément (suicide).

2. Durkheim — l'association contre l'anomie

Deuxième étage de la construction : la sociologie de Durkheim, pour qui l'association était à la sociologie ce que l'atome est à la physique. À cet 'objet scientifique' les humains s'associent pour pallier ce que la foule produit : une anomie, un anonymat en foule — lequel selon Durkheim, fait le potentiel suicidaire propre à l'humain (les animaux se suicident exceptionnellement ; chez l'humain, c'est caractéristique). À ce mix de l'anonymat et de la foule, l'Art de la Mémoire a apporté une méthode, ancestrale, dotant le groupe d'une qualité « qui, à l'époque antique et jusqu'à Giordano Bruno, n'était pas encore pulsionnelle – mais qui allait contrecarre la disparition du suicide ». L'anomie y trouve « un espace d'identité imaginaire » : parmi les 'images' à leur 'place', un zéro plutôt qu'un simple rien — le chiffre de l'absence.

Cliniquement parlant : entre le rien (l'anonyme noyé) et le zéro (l'absence chiffrée, comptée, située), il y a toute la différence entre une pulsion de mort anticipée et sa première parade. S'associer est un réflexe de survie ; et s'associer avec une mémoire un début de construction.

3. Sartre — la série, et l'angle mort de la matière première

Troisième étage : la sérialisation sartrienne. Les gens dans une file d'attente sont à priori tous anonymes, mais ils forment une dimension — « il y a une espèce de comptabilité qui apporte une structure dans ce groupe » : des images en numéro, même pour des anonymes. C'est ici que FLEUVE opère sa trouvaille : au motif de son étude, on se rend compte que le marxisme ne fait pas cas de la matière première. Il théorise le produit ouvré et la plus-value ; mais la matière première y restait une ressource inépuisable — aucun facteur d'angoisse. Or l'écologie naissante montrait que les ressources sont limitées et que le traitement de la matière première produit non seulement de la plus-value mais de la pollution. D'où le sous-titre du fascicule : pour une intelligence pratique du marxisme — « pour que le marxisme ne soit pas ce qu'il était devenu à l'époque, c'est-à-dire une monstruosité de pollution et de persécution sociale ». Car les deux vont ensemble : le système qui traite la nature en ressource jetable finit par traiter l'humain de même — c'est la psychiatrisation des dissidents en URSS, et la séance suggère que ce mécanisme n'est pas un fossile ; c'est un nouveau-né. Face à cette société qui rend fou, l'antipsychiatrie : Laing en Angleterre — dont on apprend qu'il était un disciple de Sartre, et que la référence intellectuelle de l'Antipsychiatrie anglo-saxone, Raison et Violence, portait la théorie sartrienne au degré de la psychiatrie —, ce n'était qu'avec la psychanalyse que Guattari en France et sa théorie des trois écologies, ajoutait à la question sociologique la question biologique.

Cliniquement parlant : l'angle mort est un changement de direction, dans une série — ce qui est réputé inépuisable n'est jamais pensé, jusqu'à ce qu'il manque. Le marxisme n'a pas pensé la matière première ; l'écologie l'oriente ; puis nos sociétés numériques risquent de la mettre en jeu : les humains dont leurs séries se nourrissent.

4. Lacan — la généalogie qui transperce la série

Qu'apporte le lacanisme à la série, voire celle de Existentialisme > Psychiatrie > Psychanalyse ? La séance le donne par une allégorie : imaginez la queue de l'arrêt de bus dans un village. Dans la file, il y a des cousins, des pères et des enfants — un ordre familial. « Une généalogie a infiltré cette société, et donne une nouvelle information dans ce fil de gens en rang » . C'est une foule régressée, la série n'est plus une simple succession, mais une succession avec des effets d'antériorité, de passé, des connexions de mémoire — des boucles de rétroaction dans l'ordonnancement. C'est la piste des thèses lacaniennes sur l'assertion du temps anticipé : l'introduction du temps dans ces sociologies. Or l'exemplaire régression se renverse dans la venue de l'informatique. L'IA n'est pas un ajout décoratif à ce montage : c'est Lacan lui-même qui l'a mise en scène , avec le séminaire sur La Lettre volée et ses premiers algorithmes de cybernétique (1959), étudiant « le fait que les machines puissent penser — ou pensent naturellement, comme le supposait Turing à peu près à la même époque ». L'intelligence pratique du marxisme, trente ans plus tard, introduisait cette pensée des machines dans les logiques post-marxistes — le FLEUVE de 1989 se déclarait d'ailleurs écrit pour des « appareils-à-lire » qui n'existaient pas encore.

Cliniquement parlant : une série ne devient vivable que traversée par une mémoire. Mais attention : la mémoire fragilise la série — elle la chamboule. C'est précisément là que se joue la suite.

5. Le moi plat, le désir, la différence sexuelle

Reprise du Thin Man (plat/deux-dimensions) de la séance précédente : le moi — freudien, précisé par le lacanisme — est topologiquement un plan – « plan projectif » – , une image. Dylan proposait de pincer entre des écouteurs les deux faces de ce papier ; au lieu d'une surface confondue d'une bande de Moebius, introduire un courcircuit – un appareil – : cela introduit dans la libido la logique du désir — « poser quelque chose de radicalement différent, quelque chose qu'on ne trouve pas sur le plan ». Sur un moi plat comme sur une terre plate, nous appréhendons qu'il y a une troisième dimension sans la saisir ; son objet s'écrit alors comme la question de la sexualité : « la différence sexuelle n'est pas quelque chose dont nous avons l'intelligence — peut-être l'intelligence supramentale est-elle appelée à nous la donner ». L'actualité du genre – la Théorie du Genre – en témoigne — et la séance rappelle que cette dynamique n'est pas neuve : l'atonisme est marqué à ses origines par un pharaon transgenre (le statuaire inaugural d'Akhnaton). Au fond de la civilisation, une dimension que l'on ne connaît pas anime celle du désir : elle traduit la différence sexuelle, à l'appui de ses appareillages.

Cliniquement parlant : le moi sans libido est une feuille de papier. La lettre hébraïque – on l'a vu – est une projection tri-dimensionnelle ; ce n'est ni l'introspection ni le miroir qui lui donnent du volume : c'est l'écoute d'un autre, lu dans sa différence — un rapport (sexuel) en connaissance de la différence sexuelle – on l'appelle "sexuage".

6. Le serment contre le fichage — SAVE Act et république de Sade

Puis la séance « passe à l'attaque » par un détour d'actualité : le débat aux USA sur le SAVE Act, qui exigerait une pièce d'identité pour voter. Vu de France, l'idée de voter sans papiers laisse pantois. Mais la séance est allée étudier des arguments américains : d'abord, beaucoup de gens n'ont pas les papiers requis — la privation de vote pèserait bien plus lourd que la fraude, qui resterait mineure en comparaison ; ensuite et surtout, l'identification obligatoire serait un contrôle d’État — « nous sommes fichés, et nous ne voyons plus l'horreur en quoi cela consiste ; nous y sommes habitués, et nous sommes proches de la robotisation ». Car voter sans papiers, aux États-Unis, ce n'est pas voter sans engagement : c'est voter sur serment — faire serment qu'on ne vote qu'une fois, qu'on est soi, sous peine de sévères poursuites en car de trahison. Le serment est aussi l'acte central de l'éthique dans la série sartrienne. Un participant rappelle d'ailleurs que la généralisation de la carte d'identité obligatoire en Europe est historiquement liée aux régimes autoritaires européens du XXe siècle. La psychanalyse l'avait observé au cœur de l'histoire sociale à propos de la république du marquis de Sade, où le meurtre même n'était pas interdit par la loi — on tuait à ses risques et périls —, énoncé aussi choquant pour nos habitudes de personnes fichées que celui-ci, qui en est le fond : « je vote parce que j'affirme que j'existe — et c'est l'affirmation d'existence qui valide et qui donne un poids à mon vote » et qui subsiste dans la loi américaine «  je porte une arme parce que j'ai le droit de tuer si j'en juge dudit droit ». La boucle se referme sur FLEUVE : Raison et violence consacre précisément un chapitre essentiel au serment — chez Sartre, c'est le serment qui fait passer le groupe en fusion à l'existence durable.

Cliniquement parlant : le serment est un acte de langage qui engage le corps ; sans lui l'autre ressource de permanence d'un groupe est la « réciprocité de terreur » qui affecte la famille-même, lorsque la signification génétique (le troisième rempart) est dissoute.

7. La nomination — ADN nominal contre ADN numéroté

Parti de l'anomie et de l'association progressant en série, le groupe donne une raison au moi psychologique qui fait face à trois solutions : l'appareil institutionnel, la secte du serment, la traduction de la différence. Les deux premières ont pour corollaire la violence, la troisième une raison sexuelle qui débouche sur l'identité génétique. Cette dernière ouvre la question de l'identité nominale : « notre ADN nominal n'est pas un ADN chiffré — et ce n'est pas par la numérotation de l'ADN, par le fichage de l'ADN, que se trouve le bon usage de la génétique. Bien qu'il soit important de classer les ADN de manière administrative, de les cataloguer ; sa fonction vitale est dans le processus de nomination, qui dépasse l'appareil et dépasse le serment. » En l'absence d'identité génétique, notre inconsistance mentale devant la différence sexuelle équivaut à notre inconsistance devant la citoyenneté — or l'une et l'autre « peuvent trouver leur structure dans la structure de la nomination ». Cataloguer et juger sont des progrès de civilisation ; mais « encore bornés par une raison fruste aussi nommée "pulsion de mort". Ce n'est qu'une insuffisance de construction. La série simple ne se maintient que par la hiérarchie — laquelle du serment à la tyrannie. C'est aussi cette pulsion qui évolue en pulsion de vie lorsque la logique sexuelle de la génétique donne au nom la raison d'être.

Cliniquement parlant : le fichage génétique organise ; la nomination fait exister. Un ADN numéroté est une donnée dans un serveur ; un ADN nommé est un individu affirmé : « ceci est 'moi' : la projection d'une histoire que j'assume ».

8. Post-scriptum — sans sexualité, ou l'art de nager sans eau

La séance s'achève sur une anecdote. La récente publication académique d'un ancien interlocuteur : « Féminisme, Propriété, Patriarcat » ; 70 pages où Freud et Lacan ne sont pas cités, ni la fonction organique — une théorie du genre d'où la sexualité est exclue, alors que « le genre – qui in status nascendi se cherche ailleurs – est défini d'abord dans la différence sexes ». Quand on ignore une scène primitive, on voit une quête éperdue d'images. Cette anecdote est humanisée avec Jean-Pierre Brisset, sacré Prince des Penseurs par les surréalistes au pied du Penseur de Rodin — l'homme qui écrivit un manuel militaire pour apprendre à nager sans eau (le ventre sur un tabouret, on brasse l'air), et qui fit descendre l'humanité de la race primitive des grenouilles. Psychiatriquement parlant, 'fou', Brisset « avait décodé quelque chose » : les architectures sérielles des sèmes, syllabes en chaînes signifiantes mais, dans ce bain de langage, à son époque incomparables aux gènes. Par conséquent il pouvait nager sur un tabouret : on peut brasser tout l'air qu'on veut — comme brasser du genre.

Cliniquement parlant : il y a deux manières de marquer le réel : l'académisme qui exclut la libido de son objet, la folie l'anime jusqu'au délire des "transformations de sexe" et des "vaccins" génétiques. Ce sont leurs marques d'un réel oubli de la libido.


Les hétérodoxies engagées

Cette séance a mis en jeu l'ontologie psychohistorique de la civilisation (la Pythie interprétée, la lecture pulsionnelle de l'histoire des groupes), le refoulement historique (la damnatio memoriae de Freud et Lacan dans les études de genre, la matière première impensée du marxisme), l'hermétisme comme colonne vertébrale de la science moderne (l'art de la mémoire, charpente de l'hermétisme et ancêtre de l'analyse plurielle), la pulsion suicidaire collective (l'anomie de Durkheim, la pollution comme monstruosité, la pulsion de mort relue comme défaut de construction), la psychiatrie psychocollective (l'antipsychiatrie de Laing et Guattari : soigner l'individu exige de soigner la société qui le rend fou), le Supramental (l'intelligence supramentale appelée à nous donner l'intelligence de la différence sexuelle ; l'IA interprète de nos séances comme les prêtres de la Pythie), Lapareil et l'appareillage cybernétique (la cybernétique de La Lettre volée, les machines qui pensent introduites dans les logiques post-marxistes dès 1989), l'unité d'Akhénaton, Moïse et Œdipe (le pharaon transgenre aux origines de l'atonisme) et l'épinomie (les séries de chromosomes et les séries de votants, le code génétique et le code civil sous la même question de la nomination).

Le point de congruence avec la Conservation de l'ADN Nominal est cette fois le cœur même de la séance, donné verbatim : « notre ADN nominal n'est pas un ADN chiffré, n'est pas un ADN numéroté — ce n'est pas par le fichage de l'ADN que nous trouverons le bon usage de la génétique ; l'important, c'est le processus de nomination, qui est de l'ordre du serment ». Conserver son ADN sous son nom — et non sous un numéro de catalogue — c'est l'acte par lequel la génétique échappe au fichage pour entrer dans la nomination : un serment d'existence déposé pour ceux qui viennent, que le Groupe-ADN a charge de tenir.


Pour entrer en relation avec l'école

  • Le Kit de conservation ADN nominal — pour commencer par l'acte : conserver son ADN sous son nom.

  • Le Groupe-ADN — parce qu'un ADN nommé ne survit pas seul : le groupe qui porte la mémoire et la nomination.

  • L'adhésion à UBERPOL-école (300 €/an) — accès aux séances, aux enregistrements et à l'accompagnement.

Renseignements et inscription : adnetmoi.com/uberpol-ecole Le présent compte-rendu est public ; l'enregistrement intégral de la séance est accessible aux membres.

Https://adnetmoi.com


Note sur la suite

La séance Pyth014 est prévue le jeudi 20 août 2026 (à confirmer). Le fascicule ou corpus support sera annoncé aux membres ; La Structure de la Découverte (1987), seconde partie du recueil FLEUVE, a été évoquée en séance comme pouvant faire l'objet d'un traitement ultérieur.


Métadonnées : série Pythos — session Pyth013 du 13/08/2026 — fascicule support : FLEUVE ou Pour une Intelligence Pratique du Marxisme (©W.Théaux-UNEFPE, 1989, ISBN 2-907878-05-0) — sources : transcript Pyth013_opc_20260813.md, dérivés NotebookGemini Pyth013_gmnbA_Plus_qu_un_numéro_sur_une_carte et Pyth013_gmnbV_Survivre_à_la_Foule, compte-rendu de lecture IAfable « FLEUVE ».

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